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article paru dans Arts de la piste n°21-22 / auteur : Thierry Voisin
   
La notoriété aujourd’hui des compagnies contemporaines a favorisé la création de quelques festivals spécifiques en région. On constate leur nombre restreint et leurs moyens encore insuffisants. Ils sont avant tout des scènes ouvertes à la création et le premier réseau de diffusion des spectacles.
Un festival est d’abord une mise en jeu d’émotions, de plaisir et de rêve, un moment de joie partagé par tous. La plupart affichent même une volonté œcuménique tant il leur paraît opportun d’être, plus encore qu’une simple vitrine des spectacles, un lieu de rencontres et d’échanges avec le public comme entre artistes. Pour ces derniers, c’est aussi retrouver l’esprit des premiers événements, à l’exemple d’Aix Ville ouverte aux Saltimbanques (1973), où la loi du marché n’était pas encore prééminente.
La guerre des enseignes et les querelles dynastiques, qui ont mené à la disparition de certains cirques traditionnels (Amar, Médrano), comme les restrictions réglementaires à l’itinérance ont alors largement réduit le champ de diffusion des spectacles de cirque, incitant les nouvelles équipes (le Puits aux images qui
deviendra le Cirque Baroque, le Cirque Aligre, le Cirque Bidon…) à prendre des chemins de traverse et à rejoindre, au cœur des villes, les inventeurs de désordre public. Ce voisinage est encore de mise aujourd’hui. Pour exemple, en 2001, le festival d’Aurillac a ouvert sa seizième édition avec Cirkus Cirkör et Les Gûmes de Philippe Phéraille, l'un des plus habiles scénographes de rue. Quant au 17e Festival de théâtre européen de Grenoble, seule manifestation mixant théâtre de salle, arts de la rue et arts de la piste, il a accueilli l’une des rares représentations françaises d’Alice Underground du Teatro del Silencio. De son côté, Furies, à
Châlons-en-Champagne, a largement ouvert sa programmation au cirque, proximité du Cnac oblige, allant même jusqu’à inaugurer avec le collectif AOC une saison hivernale.
Depuis les années 80, plusieurs festivals de cirque contemporain sont nés: les Arènes du cirque à Elbeuf, les Pisteurs d’étoiles à Obernai, Dans la jongle des villes à Malakoff, et les deux premiers du genre, Circa, créé à Auch en 1988 et la Route du cirque, à Nexon, en 1992. Aujourd’hui au nombre de vingt-six, ils offrent des conditions de visibilité tout aussi importantes aux troupes, tant auprès des médias, des professionnels que des institutions, et constituent un segment important du marché.
La voie de la reconnaissance passe par ces nouvelles manifestations, même si le nombre de représentations, comme dans la plupart des festivals généralistes, est proche de l’unité. L’enjeu en devient d’ailleurs plus critique, la fragilité de la représentation n’étant en rien garant d’impunité.
Chacun de ces festivals s’attache à accueillir autant des troupes renommées que des compagnies en devenir, et les créations ont la part belle. Il y a un engagement, souvent conforté par une co-production, un souci de la diversité et une volonté affirmée d’accompagner des aventures artistiques. À la Ferme du
Buisson, dans un esprit encore plus innovant, les «Samedis cirques» sont devenus un terrain d’expérimentation où public et professionnels découvrent les pré-formats de nouvelles créations. Répartis sur l’ensemble du territoire, les festivals de cirque ont enfin la singularité de ne pas être soumis à la loi
saisonnière du beau temps et se sont développés dans des petites villes, à l’exemple de Nexon, un bourg limousin de 2 347 habitants.
À quand le grand festival des arts du cirque que méritent ce secteur et le grand public français?
   

 

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