|
Un festival est
dabord une mise en jeu démotions, de plaisir
et de rêve, un moment de joie partagé par tous.
La plupart affichent même une volonté cuménique
tant il leur paraît opportun dêtre, plus
encore quune simple vitrine des spectacles, un lieu
de rencontres et déchanges avec le public comme
entre artistes. Pour ces derniers, cest aussi retrouver
lesprit des premiers événements, à
lexemple dAix Ville ouverte aux Saltimbanques
(1973), où la loi du marché nétait
pas encore prééminente.
La guerre des enseignes et les querelles dynastiques, qui
ont mené à la disparition de certains cirques
traditionnels (Amar, Médrano), comme les restrictions
réglementaires à litinérance ont
alors largement réduit le champ de diffusion des spectacles
de cirque, incitant les nouvelles équipes (le Puits
aux images qui
deviendra le Cirque Baroque, le Cirque Aligre, le Cirque Bidon
)
à prendre des chemins de traverse et à rejoindre,
au cur des villes, les inventeurs de désordre
public. Ce voisinage est encore de mise aujourdhui.
Pour exemple, en 2001, le festival dAurillac a ouvert
sa seizième édition avec Cirkus Cirkör
et Les Gûmes de Philippe Phéraille, l'un des
plus habiles scénographes de rue. Quant au 17e Festival
de théâtre européen de Grenoble, seule
manifestation mixant théâtre de salle, arts de
la rue et arts de la piste, il a accueilli lune des
rares représentations françaises dAlice
Underground du Teatro del Silencio. De son côté,
Furies, à
Châlons-en-Champagne, a largement ouvert sa programmation
au cirque, proximité du Cnac oblige, allant même
jusquà inaugurer avec le collectif AOC une saison
hivernale.
Depuis les années 80, plusieurs festivals de cirque
contemporain sont nés: les Arènes du cirque
à Elbeuf, les Pisteurs détoiles à
Obernai, Dans la jongle des villes à Malakoff, et les
deux premiers du genre, Circa, créé à
Auch en 1988 et la Route du cirque, à Nexon, en 1992.
Aujourdhui au nombre de vingt-six, ils offrent des conditions
de visibilité tout aussi importantes aux troupes, tant
auprès des médias, des professionnels que des
institutions, et constituent un segment important du marché.
La voie de la reconnaissance passe par ces nouvelles manifestations,
même si le nombre de représentations, comme dans
la plupart des festivals généralistes, est proche
de lunité. Lenjeu en devient dailleurs
plus critique, la fragilité de la représentation
nétant en rien garant dimpunité.
Chacun de ces festivals sattache à accueillir
autant des troupes renommées que des compagnies en
devenir, et les créations ont la part belle. Il y a
un engagement, souvent conforté par une co-production,
un souci de la diversité et une volonté affirmée
daccompagner des aventures artistiques. À la
Ferme du
Buisson, dans un esprit encore plus innovant, les «Samedis
cirques» sont devenus un terrain dexpérimentation
où public et professionnels découvrent les pré-formats
de nouvelles créations. Répartis sur lensemble
du territoire, les festivals de cirque ont enfin la singularité
de ne pas être soumis à la loi
saisonnière du beau temps et se sont développés
dans des petites villes, à lexemple de Nexon,
un bourg limousin de 2 347 habitants.
À quand le grand festival des arts du cirque que méritent
ce secteur et le grand public français?
|